Alix de Saint-André : Chez Proust, Dieu a disparu. Mais personne ne songe à le chercher

Alix de Saint-André: "Chez Proust, Dieu a disparu. Mais personne ne songe à le chercher. On n'en parle pas. Le curé de Combray s'intéresse à l'étymologie, pas à la théologie. Les Guermantes vont à la messe parce qu'ils pratiquent la religion de leur famille, de leur milieu.

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La question ne se pose pas, même au moment de la mort de la grand-mère ou d'Albertine. Et ce n'est pas lui que le narrateur cherche quand il cherche la vérité au fond de son lit. C’est le mystère de l'homme qui l'intrigue, le sujet de son enquête et de sa quête.

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Cette tranquille inexistence de Dieu est la condition de l'existence d'un temps perdu: il peut y avoir des temps morts, mais pas de temps perdu dans l'éternité... Aucun Barnum métaphysique ne soutient le monde de Proust; aucun jugement moral ne pèse sur ses personnages. Il a tendu le décor de ses mains, et c'est un décor toujours habité, construit, d'hôtels, de casernes, de théâtres, où les jardins sont entretenus et les plages fréquentées. Aucun désert, pas de montagnes, pas de grands espaces vierges. Ses paysages sont des aquarelles. On ne voit pas d'océan sans la voile d'un bateau ni de cieux sans qu'on y guette la présence d'un clocher ou l'arrivée d'un avion: aucune trace de l'existence de Dieu, mais plein de preuves de l'existence des hommes...

Quand on sort, on ne va pas loin et l'on n'y va pas seul. L'aventure est intérieure, et la plus grande aventure c'est l'amour, la déchirante rencontre de cet autre qui n'est pas fait pour vous."

Alix de Saint-André
in  Il n’y a pas de grandes personnes
© Gallimard 2007

Source: Proust - Retrovisor