Alexandra Dorobantiu et le LECRAM : Proust le Baiser de la Matrice au Lectorat français de Sibiu en Roumanie

Le Baiser de la Matrice à Sibiu - Lecture de Proust

L'expérience de Véronique Aubouy, Proust lu sur Internet, voyage à travers le monde:

"Le samedi 4 octobre, au Lectorat français de Sibiu, [en Roumanie], une équipe d’étudiants, d’enseignants et surtout de francophones enthousiastes ont participé, dans le cadre de “Lire en Fête 2008“, au projet de web tournage de Véronique Aubouy : Le Baiser de la Matrice.

Pour lire chacun une page de A La Recherche du temps perdu de Marcel Proust, se sont ainsi présentés devant la caméra et le micro, et sous le nom de groupe de lecture LECRAM :

Mircea Ardeleanu, Sylvain Audet, Dumitra Baron, Dorin Comsa, Alexandra Dorobantiu, Anamaria Enescu, Ciprian Epuras, Felicia Mitrasca, Ionela-Gabriela Mladin, Georgiana Muntean, Elena Stratiev, Ana Maria Vasii."

A découvrir par exemple, la lecture de la page 1008 par ALEXANDRA DOROBANTIU, avec un charmant accent roumain:

ALEXANDRA DOROBANTIU

1er Prix du Concours Universitaire

« QUESTION POUR UN(E) FRANCOPHONE », 2e édition, 18 mars 2008

et lectrice de Proust dans le cadre du projet de Véronique Aubouy

* * *

Pour visionner sa lecture d'une page
d'A L'OMBRE DES JEUNES FILLES EN FLEURS:

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PAGE N°

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Sa page:

"J’eusse sans doute été au contraire attristé de ne pas trouver du charme à cette réalisation, si j’avais eu le loisir d’y penser.

Mais mon esprit était bien ailleurs.

Joueurs et joueuses commençaient à s’étonner de ma stupidité et que je ne prisse pas la bague.

Je regardais Albertine si belle, si indifférente, si gaie, qui, sans le prévoir, allait devenir ma voisine quand enfin j’arrêterais la bague dans les mains qu’il faudrait, grâce à un manège qu’elle ne soupçonnait pas et dont sans cela elle se fût irritée.

Dans la fièvre du jeu, les longs cheveux d’Albertine s’étaient à demi défaits et, en mèches bouclées, tombaient sur ses joues dont ils faisaient encore mieux ressortir par leur brune sécheresse, la rose carnation.

«Vous avez les tresses de Laura Dianti, d’Eléonore de Guyenne, et de sa descendante si aimée de Châteaubriand. Vous devriez porter toujours les cheveux un peu tombants», lui dis-je à l’oreille pour me rapprocher d’elle.

Tout d’un coup la bague passa au voisin d’Albertine. Aussitôt je m’élançai, lui ouvris brutalement les mains, saisis la bague, il fut obligé d’aller à ma place au milieu du cercle et je pris la sienne à côté d’Albertine.

Peu de minutes auparavant, j’enviais ce jeune homme quand je voyais que ses mains en glissant sur la ficelle rencontrer à tout moment celles d’Albertine. Maintenant que mon tour était venu, trop timide pour rechercher, trop ému pour goûter ce contact, je ne sentais plus rien que le battement rapide et douloureux de mon coeur.

A un moment, Albertine pencha vers moi d’un air d’intelligence sa figure pleine et rose, faisant semblant d’avoir la bague, afin de tromper le furet et de l’empêcher de regarder du côté où celle-ci était en train de passer.

Je compris tout de suite que c’était à cette ruse que s’appliquaient les sous-entendus du regard d’Albertine, mais je fus troublé en voyant ainsi passer dans ses yeux l’image purement simulée pour les besoins du jeu, d’un secret, d’une entente qui n’existaient pas entre elle et moi, mais qui dès lors me semblèrent possibles et m’eussent été divinement doux."

A L'OMBRE DES JEUNES FILLES EN FLEURS 0428