Albertine était vivante, fiancée à un richissime Américain

Un brouillon de 1915-1916. Le narrateur reçoit une lettre de Mme Bontemps:

"Mon cher ami, je viens vous annoncer une nouvelle à peine croyable et pourtant parfaitement vraie.

Vous savez qu'on n'avait jamais retrouvé le corps de ma petite Albertine. Elle était vivante !

Elle s'était enfuie parce qu'elle aimait quelqu'un. Elle est revenue hier. Vous pouvez vous imaginer nos transports. Elle est fiancée à un richissime Américain.

Je crois pourtant que si vous consentiez à lui pardonner la peine qu'elle vous a faite et à reprendre l'ancien projet de mariage abandonné elle renoncerait à celui qu'elle a en vue. Mais il faudrait faire vite.

Ecrivez-moi tout de suite. Puisse cette lettre vous arriver, on me dit que vous êtes en Italie et je ne sais pas exactement votre adresse."

(Source: notes de l'édition d'Anne Chevalier : Proust, Albertine Disparue, Gallimard, Folio page 290).

Mais retrouver Albertine vivante n'est pas dans l'esprit de Proust, qui assassine aussitôt la ressuscitée:

"...Mme Bontemps avait été arrêtée et internée , comme elle tirait des coups de revolver sur une personne qu'elle s'obstinait à prendre pour une nièce qu'elle avait perdue depuis plusieurs années et que dans sa folie elle s'était imaginée ressuscitée.
La pauvre Albertine était bien morte".