Naissance et déclin des grandes puissances



Lecture de Paul Kennedy, Naissance et déclin des grandes puissances.

Synthèse fascinante de cinq siècles d’histoire du monde (1500-1990).

Livre acheté le 24 mars 1993, lu scolairement dans les semaines suivantes, que je retrouve ici dans cette maison de campagne.

Quatorze ans plus tard, la lecture est nouvelle, chaque phrase soulève d’autres rêveries.

En 1993, je lisais le livre comme un bréviaire machiavélien. Aujourd’hui je suis davantage touché par la poésie de l’histoire du monde.

La première page de “l’ascension du monde occidental” décrit une Europe encore en friches :

“En 1500, date que beaucoup d’historiens choisissent pour marquer le début de l’époque moderne, les habitants de l’Europe n’avaient nullement conscience que leur continent allait bientôt dominer une grande partie du reste du monde.

La connaissance que les contemporains avaient des grandes civilisations de l’Orient était fragmentaire et bien souvent erronée, parce que fondée sur des témoignages de voyageurs enjolivés de récit en récit.

Néanmoins, l’image, largement répandue, de vastes empires orientaux aux richesses fabuleuses et aux armées gigantesques était à peu près exacte, et au premier abord, ces sociétés paraissent bien mieux dotées que les Etats et les peuples de l’Europe occidentale.

De fait, si on compare l’Europe à ces autres grands centres d’activité culturelle et économique, ses faiblesses relatives sont plus apparentes que ses forces.

D’abord, elle n’est ni la zone la plus fertile ni la zone la plus peuplée du monde ; or, l’Inde et la Chine s’enorgueillissent de leur position.

Du point de vue géopolitique, le “continent” européen a une forme bizarre : bordé par les glaces et la mer au nord et à l’ouest, à l’est, il est ouvert à de fréquentes invasions terrestres, et au sud, il est vulnérable à un encerclement stratégique.

En 1500, comme c’est le cas depuis longtemps - et comme ce le sera pour longtemps encore - de telles considérations n’ont rien d’abstrait.

Il y a huit ans seulement que Grenade, la dernière région musulmane d’Europe, a succombé aux armées de Ferdinand et d’Isabelle ; mais cette victoire a mis fin à une campagne locale, et non à l’affrontement de bien plus grande ampleur qui oppose la Chrétienté et les forces du Prophète.

Une bonne partie du monde occidental est encore sous le choc de la chute de Constantinople en 1453, et cet événement paraît avoir une portée d’autant plus grandequ’il ne marque absolument pas la fin de l’avance ottomane.

A la fin du XVe siècle, les Turcs s’emparent de la Grèce et des îles Ioniennes, de la Bosnie, de l’Albanie, et de presque tout le reste des Balkans  ; pis, dans les années 1520, leurs redoutables armées de janissaires marchent sur Budapest et Vienne.

Au Sud, où les galères ottomanes font des raids sur les ports italiens, les papes en viennent à craindre que Rome ne connaisse bientôt le sort de Constantinople.”

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