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La pré-campagne Française, ses acteurs, ses enjeux, vue de Pologne.



Depuis le malheureux “vous avez manqué une bonne occasion de vous taire” de Chirac, l’amour qu’avaient les Polonais pour la France s’est quelque peu brisé.

Pierre Catalan a rencontré pour Page 2007 trois étudiants qui ont vécu, vivent, ou ont travaillé en Pologne. Trois regards assez différents sur la pré-campagne Française : trois perceptions différentes, des critiques et des visions plus ou moins optimistes de la France…

Wroclaw

Emmanuel L. a 21 ans. Franco-polonais, il a vécu une moitié de sa vie à Barcelone, l’autre à Varsovie.

Venu étudier en France à Sciences Po, il y fait la connaissance d’Adam Z. et d’Antoine K., dont la famille a émigré en France de Pologne.

Antoine apprend le Polonais et part pour une année de stage à Wroclaw, en Silésie polonaise.

Antoine Kedzierski

Adam est Maroco-polonais. Engagé politiquement en France à l’UMP et en Pologne pour la plateforme civique de Donald Tusk, il étudie aujourd’hui en double diplôme Sciences Po / SGH à Varsovie.

Adam

1) Que pense t-on de la campagne des présidentielles qui s’annoncent en France, dans ton pays ? Quels en sont les enjeux pour les responsables et les journalistes dans ton pays ?
Antoine: Pour les Polonais qui suivent l’actualité et s’intéressent à la France, la campagne ressemble un peu à ce qu‘en voient les Francais : Segolène ou Nicolas. Sarkozy est vu comme un bon politique, qui réussi et qui privilégie le pragmatisme. Royal est vue avant toute chose comme une femme, aux idées de gauche et qui a toutes les chances pour gagner. Les journalistes Polonais comme tous les journalistes étrangers ont fait leurs choux gras de la montée d’une femme en politique avec Ségolène, et suivent le parcours de Sarkozy avec à la fois intérêt et méfiance.
Je ne suis pas sur que les responsables politiques polonais actuels prennent conscience de l’enjeu de la campagne Francaise, étant donné qu’ils ne prennent pas conscience de l’enjeu veritable d’une politique européenne (les frères Kaczynski sont très centrés sur les questions intérieures)…
Emmanuel: Je dirais plutôt que la campagne présidentielle française n’est que très peu suivie par les médias, et par conséquent par les Polonais. Il semble cependant que la société civile ait compris qu’il s’agissait d’une élection présidentielle particulièrement importante aux yeux des Français. On juge d’ailleurs cette campagne un peu précipitée…
Adam: Je crois qu’Emmanuel a raison; malheureusement, pratiquement personne n’en parle. Depuis le malheureux “vous avez manqué une bonne occasion de vous taire” de Chirac, l’amour qu’avaient les Polonais pour la France s’est quelque peu brisé. Ca se ressent dans les médias, qui en dehors d’un article dans l’hebdomadaire “Polityka”, boudent les élections Françaises. Les journalistes préfèrent se focaliser sur les situations politiques au sein de 3 pays: l’Allemagne, la Russie et les USA (+ parfois la Biélorussie et l’Ukraine).

2) Quelles personnalités politiques Françaises sont reconnues dans ton pays ? Et que pense t-on d’eux ?
Antoine: Chirac est évidemment bien connu. Vu comme désormais un peu trop vieux pour exercer ses fonctions, il fait office du vieux monarque isolé.
Sarkozy est connu aussi, comme un Brutus qui réussit, pragmatique mais peut-être dangereux. Celui qui a réussi à « tuer le père »… Ségolène est encore assez peu connue, c’est juste une femme qui monte et se fait une place au soleil. Villepin est considéré comme un mauvais premier ministre qui n’a pas su gérer les crises.
Evidemment, la Pologne connaît Le Pen, qui l’inquiète.
Emmanuel: Je dirais plutôt que parmi les hommes politiques actifs aujourd’hui, seul Jacques Chirac semble être reconnu par la majorité des Polonais. Leurs sentiments sur cet homme sont partagés entre la reconnaissance d’une présence marquée dans l’actualité internationale (refus de faire la guerre en Irak) et un ressentiment contre un chef d’Etat d’un des “pays moteurs” de l’UE qui briderait le pouvoir de la Pologne au sein de l’UE des 25 (discussion sur le traité de Nice/majorité qualifiée, citation « des petits pays » etc.).
Adam: Je ne suis pas d’accord avec Antoine. Après un rapide sondage réalisé auprès de mon entourage qui confirme l’impression que j’avais, il s’avère que la seule personnalité politique française connue est… Jacques Chirac. Certains connaissent Villepin, mais en ce qui concerne les candidats potentiels de 2007, ils restent largement inconnus du grand public. Rares sont ceux qui ont entendu parler de Sarkozy. Dans ce cas, ils le présentent comme étant un “Hongrois” qui a réussi en France, mais surtout comme un “populiste” aux idées parfois à la limite de l’extrémisme.

3) Y a t-il des inquiétudes par rapport au score des extrêmes, ou bien à l’attitude générale des Français en ce moment ? (Non au TCE, Crise des banlieues, crise du CPE, réformes difficiles)
Adam : Par rapport au score des extrêmes, non, du moins en ce qui concerne l’extrême-droite. Par contre, les Polonais ont du mal à comprendre que les Français soient si à gauche et que la jeunesse manifeste contre le CPE, et donc contre son propre avenir. Pour ce qui est du TCE, peu de personnes en parlent. Et ceux qui en parlent se moquent malheureusement de l’Elysée et du président, en ne comprenant pas pourquoi les Français ont rejeté le texte, alors que la France avait fait pression pour que la Pologne accepte le projet (sans aucune mention des “racines judéo-chrétiennes” de l’Europe, par exemple).
Emmanuel: Les polonais semblent peu préoccupés par ces problématiques Françaises. Pis, ils ne sont parfois même pas au courant des différentes crises que vit la France en ce moment et que tu cites.
Antoine: Par rapport aux scores des extremes, la question ne se pose pas trop, car la situation parait lointaine, mais pour les gens qui s’interessent de près à la politique francaise, les discours de l’extrême droite notamment effraient tant ils se radicalisent. Par exemple, les discours de De Villiers sont beaucoup plus choquants et racistes que les discours de la Ligue des Familles Polonaises (LPR) ou d’Autodefense (Samoobrona)…
Mes collègues de bureau me disaient a propos de l’attitude des Francais avec les différentes crises et pseudo-révolutions des banlieues, que finalement les Francais avaient ça dans le sang… Cette opinion bien que n’ayant aucune valeur scientifique ni théorique, est quand meme partagée. Ca fait parti du stéréotype des Francais.
Par contre, ils ne comprennent pas le non au TCE. Mais j’ai l’impression qu’il y a aussi une incompréhension générale sur une société qui ne veut pas trop avancer (alors que la société Polonaise est en plein mouvement et que l’initiative et la prise de risque est reconnue du point de vue professionnel par exemple), bref sans ambitions.

4) En 1995 c”était la « fracture sociale », en 2002 la sécurité. Quel sera selon toi le theme majeur de cette élection présidentielle ?
Emmanuel: Assurément l’emploi.
Adam: la sécurité devrait de nouveau jouer un rôle important, mais dans le cadre d’un debat beaucoup plus vaste sur l’immigration (immigration choisie, ascenseur social en panne, crise des banlieues, etc.)
Antoine: J’ai peur que la thématique culturo-sociale prenne beaucoup de place. Mais il est un peu tôt pour le dire.

5) En France, une bonne part de la campagne politique se fait autour de la peur du libéralisme. On dit beaucoup que c’est une spécificité Française, cette méfiance. Quelle image a le libéralisme économique dans votre pays? Est-ce une question qui fait débat parmi les jeunes?
Antoine: Il est evident que le liberalisme est en majorite reconnu en Pologne et que la question ne fait pas débat. Ce qui fait débat c’est de savoir quelle est la meilleure manière de s’en sortir (partir a l’étranger, vers quel métier/secteur se spécialiser, comment s’ouvrir sur d’autres cultures,…). Le liberalisme économique a permis le développement économique actuel, il n’y a pas de raison de le châtier. En ce qui concerne les critiques, certains jeunes se tournent vers une idée sociale du libéralisme : bref l’économie sociale de marché, qui prime largement.

Adam: Le libéralisme économique ne fait pas débat chez les jeunes, qui sont très anglo-saxons dans leur manière de penser (en général, les 18-25 ans sont plutôt en faveur de Plateforma Obywatelska (Plateforme civique) et de Donald Tusk. Dommage qu’ils ne votent pas). Mais si on prend les personnes qui ont connu le communisme, beaucoup disent qu’ils ont lutté contre ce régime qui était intrinsèquement mauvais, mais qu’ils ne souhaitaient pas un libéralisme sauvage. D’ailleurs, Lech Walesa lui-même ne disait-il pas que son but à l’origine était seulement de réformer le socialisme Polonais, et non de l’anéantir? L’an dernier, un sondage montrait que 80% des Polonais considéraient qu’à l’époque communiste, les gens vivaient globalement mieux.
Mais le même sondage montre, que 80% de la population ne souhaitent pas un retour au communisme.

Emmanuel: J’ajouterais que si beaucoup de personnes se sont enrichis directement ou indirectement de la privatisation et voient par conséquent le libéralisme comme une source de richesse, les personnes les moins diplômés et vivant dans en dehors des grands centres urbains (portion de la population la plus touchée par le chômage) voient le libéralisme comme une source de paupérisation, au point d‘éprouver souvent une certaine nostalgie de l’ancien régime (qui leur apportait une sécurité sociale et de l‘emploi qu’ils n’ont plus aujourd’hui).

6) Quels sont les pronostics chez toi ? Et ton avis personnel ?
Adam: Je suis incapable de te dire les pronostics des Polonais, car il n’y en a pas pour le moment dans les journaux… Pour ma part, je déteste Royal, mais je n’admire pas pour autant Sarkozy. Si Juppé ou Rocard se présentaient, ce serait autre chose… Mais les Français détestent les personnes brillantes. Je me dis que Chirac fera tout pour court-circuiter les plans de Sarkozy avant de quitter la scène politique. Donc je parie sur un candidat surprise…
Emmanuel: Sarkozy (à contrecoeur). C’est une personalité politique brillante et c’est un grand travailleur, mais sa politique sur l’immigration ne me satisfait pas et ses méthodes me font parfois peur.
Antoine: Difficile a dire. Si la gauche se rassemble autour d‘un vrai programme elle peut faire du score et créer l’alternance à nouveau. Si elle s’enlise et ne clarifie pas ses positions par rapport à l’UE, ou aux politiques économiques à appliquer, elle va louper le coche.
L’UDF pourrait s’ameliorer, UMP pourrait triompher et je n’exclue en aucun cas une montée de la droite nationaliste extrême, qui pourrait jouer à la fois la carte des crises des banlieues et du CPE pour proposer ce que Le Pen rappellait en se disant “socialement de gauche et nationalement de droite”… ce que d’aucuns appelleraient le national-socialisme.

7) En Pologne, on s’inquiete beaucoup du retour a un certain ordre moral, a des restrictions de la démocratie, a des abus et des exces de démagogie. Penses-tu que la situation est similaire en France ? Pourquoi?
Antoine: La situation est, il est vrai, pas très encourageante en Pologne. Mais il faut voir que l’opposition est très forte et très relayée par la presse. Les jeunes ne soutiennent absolument pas les dirigeants et une conscience politique gagne de plus en plus. La dernière Juvenalia (les saturnales étudiantes) a été très politisée contre le gouvernement. Samoobrona (parti paysan et anti-libéral faisant partie du gouvernement) se décridibilise toujours un peu plus. La Ligue des Familles Polonaise (LPR: Parti d’extrême droite anti-libéral, et très conservateur membre de la coalition gouvernementale) montre son aspect le plus traditionnaliste et Droit et Justice (au pouvoir) penche plus vers le conservatisme que l’ouverture, notamment européenne. Toutefois la hauteur des débats n’est pas la même qu’en France et les propos de Le Pen et Villiers notamment sont largement plus contestables que les pires de ces responsables politiques.

Adam: Je ne suis pas du tout d’accord avec Antoine. En Pologne, personne ne te dirait qu’il y a des restrictions à la démocratie (et il n’y en a pas, PiS, LPR et Samoobrona ont été élus par le peuple). Mais à l’image de ce qu’il y a en France, les Polonais en ont marre de leurs hommes politiques. Selon un récent sondage, une majorité de la population fait même plus confiance à Bruxelles qu’au gouvernement pour résoudre les défis auxquels est confronté le pays.
Sinon, pour répondre à la question, oui, je crois que la situation est similaire en France, il suffit de voir le score des extrêmes pour se convaincre des excès de démagogie ambiants, sur lesquels surfe Sarkozy d’ailleurs… Pour ce qui est de l’ordre moral, autant on peut dire qu’en Pologne, il y un retour en arrière qui mène à certaines dérives (cf. Kaczynski, Giertych), autant je trouve qu’en France, on est dans la situation inverse, qui est tout aussi dangereuse: il y a selon moi un manque de valeurs. Le travail, la famille ne représentent plus grand chose et si on a le malheur d’en parler, fatalement, on te dira que tu es vichyste ou « facho ».
Emmanuel: Un retour à un ordre moral en France? Non, en tout cas pas comme il peut en être question en Pologne ; la France est un pays laïque où se côtoient différentes communautés religieuses et autres (communauté homosexuelle par exemple) ce qui rend l‘émergence d‘un ordre moral difficile.
La France ne me semble pas subir de restrictions démocratiques. Le droit d‘opinion y est respecté, et la liberté de la presse également… même si les extrêmes sont passés maîtres en manipulation de l’information et en démagogie…

8) Comment est considérée l’influence de la France au sein de l’UE dans ton pays ?
Adam: Les Polonais ne parlent pas trop de ce sujet. Je n’ai jamais lu par exemple d’articles sur le rôle du couple franco-allemand dans l’UE. Par contre, de plus en plus de médias polonais affirment qu’il est nécessaire de renforcer les liens du triangle de Weimar, afin que l’influence de la Pologne s’accroisse en Europe.
Emmanuel: La France est vue comme le pays composant le moteur de l’UE aux côtés de l’Allemagne.
Antoine: Bizarre. Très fort, puisque part indéniable du moteur franco-allemand, mais ne sachant pas trop où en venir avec notamment le refus du CPE et certains autres bloquages sur la PAC, etc… Bref le pays qui a du poids, peut-être trop, et qui mène la barque sans forcément utiliser une boussole. Cela sert aussi de prétexte au gouvernement actuel pour expliquer son repli sur lui-même… Tant qu’on ne sait pas où on va on ne s’engage pas. Pourquoi se perdre corps et âme alors que les Francais refusent le TCE, le CPE et qu’on ne sait pas vers où et vers quoi on se dirige.

  1. 2 Responses to “La pré-campagne Française, ses acteurs, ses enjeux, vue de Pologne.”

  2. By pierre CATALAN on Sep 13, 2006

    mesdemoiselles, je peux même vous avoir un rendez-vous… ;)

    Merci pour la mise en ligne Axel!

  3. By xavier de sousa on Feb 21, 2007

    Je vous invite à lire l’interview ci-dessous :

    ALERTE “TSUNAMI – TCE” SUR LA FRANCE ET L’EUROPE

    Auteur : xavier de sousa

    Interview au responsable politique européen Mr. d’Alelio, sur le Traité Constitutionnel Européen et la présidentielle 2007 …

    Vendredi 26 janvier 2007, un séisme politique européen de magnitude élevée a eu comme épicentre la ville de Madrid.
    En effet ,les18 pays membres de l’Union Européenne qui ont ratifié le TCE se sont retrouvés autour d’une table ronde, promue par l’Espagne et le Luxembourg, dans le but d’envisager les prochaines actions à mener ensemble pour faire respecter la volonté de leur pays aux autres pays membres de l’UE qui n’ont pas encore ratifié le TCE,in primis, la France et les Pays Bas.
    Afin de mieux cerner les enjeux de cette “drôle de journée espagnole”, notre blog a demandé l’avis à un responsable politique de la nouvelle génération citoyenne européenne.

    Bonjour ,Mr. d’Alelio,vous êtes le Président de “Alliance pour les Etats Unis d’Europe”,un jeune groupe politique né en Italie en 1996, lors des élections législatives italiennes de cette même année, pour contribuer, avec le centre gauche, à la défaite de la force politique de Mr. Berlusconi (ce qui fut le cas n.d.r.).

    Oui,nous avons été heureux d’avoir pu contribuer, avec notre nouveau groupe politique, à la victoire de Mr. Prodi ,en 1996.Mais notre groupe politique a eu comme première aspiration,celle de pouvoir se développer à un niveau européen afin de stimuler des autres jeunes à faire de la politique à un niveau transnational.

    Que pensez-vous de ce qui c’est passé à Madrid, le 29 janvier?

    Nous devons interpréter cette réunion comme une forte pression politique faite aux candidats français à l’élection présidentielle, pour qu’ils se remettent “bien gentiment’ dans les rangs.
    Les français devraient porter leur attention sur le fait que les candidats des principaux partis (PS,UMP,UDF)ont TOUS milité pour le OUI ,lors de la campagne pour le référendum sur le TCE, en 2005 !

    Donc, vous voulez dire que les 18 pays du OUI veulent profiter de cette conjoncture favorable pour que le TCE puisse passer, sans tenir compte de l’ avis important exprimé par deux pays fondateurs de
    l’Union Européenne?

    Oui,malheureusement pour les citoyens français et européens.Je dis aussi européens car, au contraire de ce que l’on a voulu faire croire aux français en 2005,un grand nombre de citoyens des pays qui ont ratifié le Traité Constitutionnel Européen, par voie parlementaire,est contraire au TCE.Je peux l’affirmer car je rencontre ,au quotidien ,de par mon activité politique transnationale,les citoyens de plusieurs pays membres de l’UE,à l’inverse de plusieurs politiciens(eurodéputés) de la vieille génération, qui focalisent leur activité uniquement sur leur pays d’origine,sans se préoccuper d’aller sur le terrain,”au delà des frontières nationales”.Ce qui s’avère un handicap lorsqu’on se trouve face à une campagne de manipulation médiatique,comme cela a été le cas en 2005.

    Avez-vous le sentiment que les citoyens seraient forcés, par un certain pouvoir, à aller de l’avant avec des oeillères?

    Je dirais même plus.On voudrait les contraindre à être des fourmis dans une fourmilière ,de surcroît, multipliée par le nombre des Etats membres de l’UE.On voudrait faire croire aux citoyens que leur vie ne dépend que de ce qui se passe dans leur “fourmilière”,mais cela est faux !
    L’Espagne a fait ratifier le TCE par ses députés ,en un temps record !Les citoyens espagnols n’ont pas eu le temps de comprendre ce qu’il y avait dans le Traité,ni le temps d’en parler avec leurs élus.
    Les mêmes conditions se sont répétées en Italie,en Belgique et en Allemagne où un gouvernement, arrivé à la fin de son mandat (celui de Schroeder) ,a fait pression sur le Bundestag afin qu’il ratifie le TCE ,alors que,seulement quelques mois plus tard, les allemands devaient aller voter pour élire un nouveau parlement .

    A’ vous entendre, on pourrait imaginer le NON français être celui du village gaulois d’Astérix ,dans l’empire romain…

    Non,au contraire, le NON français a été la bouée de sauvetage lancée par la France aux citoyens des autres états membres, qui se sentaient totalement impuissants devant cette”machine de guerre” que les lobbies économiques et financières ont mise en marche ,depuis le mois de juin 2003.Je devrais dire, exactement, le 17 juin 2003,lors du sommet des chefs d’Etats au Conseil Européen,à Bruxelles.

    Pourquoi ,Mr d’Alelio,tenez-vous à préciser cette date ,dans le contexte du TCE?
    A cette date ,les cartes sur table ont changé grâce à un coup forcé fait par la Grande Bretagne.

    Que voulez-vous dire?

    Le 17 juin 2003, les Chefs d’Etats de l’UE avaient devant eux le travail accompli par les Conventionnels, chapautés par le triumvirat V.J. d’Estaing,JL Dehaene et G.Amato ,c’est à dire le projet définitif de TCE.Dans ce projet ,on n’incluait pas la troisième partie (économique-financière) et dans les articles du TCE ,on envisageait les modifications futures du TCE, par majorité qualifiée.

    Mais?

    Mais un TCE sans la partie trois aurait voulu dire la fin des potentats économiques et financiers qui prospèrent en Occident ,depuis l’après-guerre,car l’union politique réelle que le TCE envisageait,aurait amené l’Union Européenne à se doter d’une vraie Charte Sociale et avoir une vraie fiscalité européenne( adieu aux paradis fiscaux européens).

    Et donc?

    Et donc,comme cela se passe depuis 1973,les potentats ont utilisé la Grande Bretagne comme “Cheval de Troie” pour modifier,sur le fond, le TCE.

    Et aucun Chef d’Etat n’a réagi à ce jeux de prestige?

    Le seul a été le Président de la République Française…

    Et les autres , et l’Allemagne?

    Aucun autre Chef d’Etat n’a eu la volonté ou la diligence de soutenir le Président de la France.

    Et pourquoi?

    Nous ne devons pas oublier que la fracture ,que le conflit en Iraq a provoqué dans l’UE ,a risqué de faire imploser l’Union Européenne.
    Il ne faut pas oublier qu’au début du conflit,voulu par les Etats-Unis contre l’Irak,parmi les 15 pays Membres de l’UE et les 10 pays qui allaient entrer dans l’UE au 1er mai 2004, 12 Membres ont signé une déclaration de soutien aux Etats-Unis pour l’entrée en guerre contre l’Irak;parmi ceux-ci l’Italie,l’Espagne,le Portugal,la Grande-Bretagne .Ces mêmes pays qui, par la suite,vont soutenir farouchement le TCE …
    En suivant votre pensée,l’Allemagne, qui a été aussi courageuse que la France en prenant position contre le conflit avec l’Iraq,aurait dû soutenir ,par conséquent,le Président français, le 17 juin 2003 et l’aider à contraindre la Grande-Bretagne à ne pas modifier le TCE .
    Vous avez raison.Logiquement ,l’Allemagne aurait dû soutenir la France mais, vu que les prochaines élections en Allemagne se présentaient défavorables à la coalition gouvernementale en poste,une autre radicalisation des positions entre Membres de l’UE aurait pu être mal perçue par l’opinion publique allemande,qui a toujours supporté une politique de stabilité.Or,un nouveau durcissement des positions entre les pays Membres de l’UE aurait mis en agitation les citoyens allemands;un risque que le Chancelier d’Allemagne n’a pas voulu prendre .

    Pour la réunion de Madrid du 29 janvier,même topo ?

    Oui,car, même si l’Allemagne,qui a la Présidence de l’UE pendant le premier semestre 2007, n’était pas présente avec son Chancelier, en Espagne,cette réunion madrilène permettra à la Présidence allemande d’avancer à grande allure,pendant son semestre,vers un projet d’accord favorable aux membres du “Club de Madrid”. Le nouveau Chef d’Etat français , dès sa prise de fonction à l’Elysée, devra faire face, à l’occasion de la clôture de la Présidence allemande au mois de juin 2007, lors de la réunion du Conseil Européen à Bruxelles, à la complexité du dossier TCE.

    Qu’est-ce que cela signifie?

    Simplement que les candidats à la présidentielle française peuvent ,en toute tranquilité, promettre monts et merveilles aux Français, sachant déjà que,par la suite, tout sera réglé ( et annulé)par le TCE. La faute sera mise,comme toujours,sur le dos de l’Europe.
    De surcroît,les candidats du PS,UMP et UDF qui ont tous milité pour le OUI au TCE,en 2005,pourraient avoir la tentation de créer une “grande coalition gouvernementale”, en juin 2007, après les élections,quel que soit le vainqueur de la présidentielle.Ce serait la meilleure façon,pour eux, d’exorciser le résultat du 29 mai 2005 et d’empêcher,ainsi, toute opposition politique interne ,à l’Assemblée Nationale;la possibilité, pour les futurs Président de la République et Premier Ministre français ,d’être présents au Conseil Européen avec un profil bas,qui favoriserait la tâche de l’Allemagne et du “Club de Madrid” de rétablir le processus de ratification du TCE, antécédent aux référendums français et hollandais;la certitude de pouvoir faire voter la ratification du TCE,cette fois, non pas par les citoyens français,mais par l’ Assemblée Nationale ,qui n’aura quasiment plus d’opposition,en cas de “grande coalition” PS-UMP-UDF.
    Si je comprends bien,le fait d’avoir dans cette élection présidentielle,comme vous le dites,Mr. d’Alelio,les candidats partisans du OUI au TCE, des principaux partis français, influencerait la position de la France dans l’UE.
    Oui,négativement pour la France et les Français,mais aussi,et j’en souligne l’importance,pour tous les citoyens européens républicains et humanistes qui ont toujours considéré l’Hexagone, le pays de référence.Un pays comme la France, qui a voté NON,à sa grande majorité,au TCE,n’a pas eu la possibilité d’avoir comme candidats à la présidentielle 2007, dans les partis majeurs ,un seul des
    politiciens qui , avec vigueur,ont défendu le NON au TCE pour le bien des français et de l’Europe.

    N’y a-t-il pas d’issue favorable à cette situation ?

    Seulement si les Français,dans un grand sursaut républicain, réussissent à emporter le pari de concentrer leur vote sur un seul candidat démocrate, en liste pour la présidentielle,qui a permis aux Français de s’exprimer via le Référendum , en 2005.
    Les Français ont toujours su se rassembler dans les moments difficiles de la République ;ils ont toujours su concrétiser les principes humanistes , qui, pour d’autres peuples, n’étaient qu’une utopie.
    Que le penchant de certains soit plus à droite qu’ à gauche et viceversa,l’important est de voter pour des hommes qui ont, en toute franchise, animé et donné force à la volonté citoyenne, contraire, dans sa majorité, au TCE.

    Avez-vous des candidats qui semblent correspondre à vos attentes ?

    Oui,un seul,dans un contexte politique et social si confus.

    Et qui,peut-on le savoir?

    J’estime que pour faire face aux appétits débordants de certains pays membres ,autour de la table européenne,le seul qui puisse accompagner la France et l’Europe, dans cette période de transition,est
    Monsieur Jacques Chirac,un vrai homme d’Etat,qui a une carure et une grande expérience internationale,indispensables dans un contexte mondial complexe.

    Ne croyez-vous pas d’aller contre-courant ,en proposant Monsieur Chirac ?

    Il s’agit d’avoir du bon sens et de sortir des clichés qui veulent l’afficher comme un homme du passé.
    Monsieur Chirac est bien plus contemporain que certains quinquagénaires qui voudraient être considérés les démiurges de notre société.

    Pour les Compagnons du NON , Xavier de Sousa

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