La blogosphère ne peut se réduire à une somme de petits clans Verdurin - Penser la révolution Internet, c’est penser un autre monde que celui de la fidélité et de la fermeture - Le buzz comme vecteur d’ouverture
Lousia, Gueule de Loup, évoque le buzz Laure Manaudou du mois de décembre.
Elle condamne la puérilité des blogueurs qui ont voulu “chatouiller l’Everest” des statistiques.
Et Lousia de préférer, à des stats himalayennes :
“les lecteurs fidèles [et qui font l’intérêt - et la qualité de l’audience - d’un blog]”
Analyse un peu courte.
Deux sujets sous-jacents :
la stratégie marketing, au service d’un projet éditorial ;
et la dimension sociologique, la notion d’ouverture/fermeture dans la blogosphère.
Doit-on uniquement chercher à s’entourer d’une petite communauté de lecteurs fidèles ?
Cela fait un peu enfermé.
Internet est une occasion de vivre avec des portes grandes ouvertes sur le monde, dans un large flux de contacts parfois éphémères, tourbillonnants.
Vouloir reconstituer le petit cocon familial des lecteurs fidèles, c’est une régression sur ces possibilités d’Internet. C’est passer à côté de quelque chose d’essentiel.
Il est très agréable d’avoir des lecteurs fidèles, mais ne pas s’intéresser aux lecteurs de passage c’est passer à côté de la spécificité sociale et psychologique du Web : ce brassage permanent avec des inconnus, sans cesse renouvelés, différents.
Sur la polémique Laure Manaudou, il faut être plus fin dans l’appréciation des “récupérations”.
Certains blogs ont juste produit des mots clés en titre, n’ont pas même cherché à accueillir éditorialement les visiteurs. Le résultat est assez vain, en dehors d’un très bref pic statistique.
Mais il était possible d’utiliser le flux de l’actualité Manaudou pour faire un travail éditorial.
Dans mon article sur Laure Manaudou, repris par Google News pour la version publiée sur mon blog 20minutes, j’ai fait l’essai d’ajouter en conclusion une vidéo de la danseuse Maïa Plissetskaïa
L’article a été lu par 400000 lecteurs sur le blog 20minutes, et cette vidéo de Maïa a bénéficié de 200000 visions, selon le compteur YouTube.
Elle a atteint en une semaine le 47e rang des vidéos YouTube les plus linkées, dans sa catégorie, “all time“.
Entrer dans les “Honors - all time” sur YouTube, ce n’est pas rien. Vouloir réduire cela à une question de vanité, “chatouiller l’Everest”, c’est très réducteur. Un éditeur - et tout blogueur est un éditeur - est en relation avec une audience, pas seulement pour des questions de vanité. Un blog peut porter un projet éditorial.

(le compteur était à 8000 avant ma reprise de la vidéo)
En jouant avec l’actualité, en utilisant sa force, comme au judo on utilise la force de l’adversaire (notait Thierry Crouzet), on peut, sans dépenser des millions, construire un projet éditorial dépendant d’un fort lectorat, comme la diffusion de productions artistiques.
La condition reste de ne pas tromper le lecteur. Il ne s’agit pas de titrer “Laure Manaudou nue”, pour seulement proposer la vidéo de sa petite copine comédienne afin de faire sa promotion.
Première règle : le contenu doit correspondre au titre, le lecteur doit y trouver son compte. C’est à la fois une règle éthique et une règle stratégique : un blog dont tous les titres seraient trompeurs perdrait son référencement.
Deuxième règle : si l’éditeur prolonge éditorialement l’article, en proposant, par surcroît, autre chose, un dépassement du sujet initial, un bonus, ce bonus doit être de qualité, apporter quelque chose au lecteur, et ne pas seulement servir la promotion de l’émetteur.
L’éditeur peut proposer au lecteur un contenu artistique qu’il juge intéressant, pas la vidéo de sa petite copine simplement pour faire plaisir à sa petite copine.
Respect du lecteur,
respect des moteurs de recherches dont la vocation est de diriger le lecteur vers des articles répondant aux requêtes, pas hors sujet, ni médiocres ;
mais prolongement éditorial du thème initial vers d’autres horizons,
voilà un triptyque intéressant.
—
Dans la réponse à faire au billet de Lousia, il ne s’agit pas seulement de stratégie marketing.
Il y a aussi une dimension sociologique.
Sans jamais jouer sur les buzz, on est réduit aux lecteurs fidèles, comme autrefois Madame Verdurin s’entourait de son petit clan de fidèles pour ses dîners du mercredi.
On ne peut réduire Internet, ni même la blogosphère, à de petites bulles de lecteurs fidèles.
Ce n’est pas le plus intéressant.
C’est la reproduction des petits clubs d’autrefois, ces salons Verdurin ou Guermantes, alors qu’Internet peut être bien autre chose qu’une somme de petits salons.
Penser la révolution Internet, c’est penser un autre monde que celui de la fidélité et de la fermeture. C’est plonger dans l’inconnu des relations polygames et ouvertes.
Le buzz, ce n’est pas seulement cette chose sale à quoi on le réduit si souvent. C’est aussi le vecteur de cette ouverture, qui traverse les cloisons des petits salons.
Tout dépend de l’usage qui est fait du buzz, qualitatif ou superficiel, respectueux du lecteur ou abusant le lecteur, détournement des moteurs de recherche, ou prolongement de ces moteurs.
Naturellement, tout n’est pas permis. Surfer sur l’actualité Laure Manaudou, publier un article analysant le sujet, cela ne signifiait pas diffuser des photographies privées. Personnellement j’ai supprimé dans les commentaires tous les liens pouvant mener à des photographies.
Enfin, il y a un équilibre à trouver, pour qu’un blog ne devienne pas qu’un répertoire de buzz successifs, sans quoi le projet éditorial est perdu. On ne peut pas passer son temps à surfer sur les buzz, je n’ai pas fait d’article sur Simone de Beauvoir nue. Je sais qu’en ne faisant pas cet article, je perds des lecteurs potentiels, peut-être 100000 lecteurs ou plus. C’est ce qui distingue un blog portant un projet éditorial, utilisant de temps en temps des buzz d’actualité pour développer son audience, d’un site qui ne devient qu’un espace sans âme, créé pour les moteurs de recherche.
Axel,
Page2007
…

Le clan Verdurin, Marcel Proust
Penser la révolution Internet,
c’est penser un autre monde que celui de la fidélité et de la fermeture.
C’est plonger dans l’inconnu des relations polygames et ouvertes.
Sur le sujet Laure Manaudou et sur la sexualité, autres lectures :
» Big Brother c’est votre ex et les conso-mateurs » Blog Page 2007
Jean-Claude Brisseau et le continent noir de la sexualité féminine
Et Dieu recherche les photos de Laure Manaudou nue…
Identificateurs Technorati : internet, blogosphere, blogs, cinquieme pouvoir, proust, sexe, laure manaudou
BLOGOSPHERE buzz INTERNET
















One Response to “La blogosphère ne peut se réduire à une somme de petits clans Verdurin - Penser la révolution Internet, c’est penser un autre monde que celui de la fidélité et de la fermeture - Le buzz comme vecteur d’ouverture”
By Claudette on Jan 6, 2008
Tu as tout à fait raisons sur le point que c’est très petit de penser qu’aux fidèles lecteurs et que ceux de passage ne valent soit disant rien… Internet, c’est notre deuxième monde à nous et il faut s’attendre aux visites de toutes sortes de gens…