Général Baron de Marbot : ce que personne n’a dit encore : les grillades de chair de cheval responsables de la Bérésina
Toujours dans les Mémoires du Général Baron de Marbot, ce succulent passage :
“On a beaucoup parlé des désastres qui eurent lieu sur la Bérésina; mais ce que personne n’a dit encore, c’est qu’on eût pu en éviter la plus grande partie, si l’état-major général, comprenant mieux ses devoirs, eût profité de la nuit du 27 au 28 pour faire traverser les ponts aux bagages et surtout à ces milliers de traînards qui le lendemain obstruèrent le passage.
En effet, après avoir bien établi mon régiment au bivouac de Zawniski, je m’aperçus de l’absence d’un cheval de bât qui, portant la petite caisse et les pièces de comptabilité des escadrons de guerre, n’avait pu être risqué dans le gué.
Je pensais donc que le conducteur et les cavaliers qui l’escortaient avaient attendu que les ponts fussent établis. Ils l’étaient depuis plusieurs heures, et cependant ces hommes ne paraissaient pas !
Alors, inquiet sur eux aussi bien que sur le dépôt précieux qui leur était confié, je veux aller en personne favoriser leur passage, car je croyais les ponts encombrés. Je m’y rends donc au galop, et quel est mon étonnement de les trouver complètement déserts !…
Personne n’y passait en ce moment, tandis qu’à cent pas de là et par un beau clair de lune j’apercevais plus de 50000 traînards ou soldats isolés de leurs régiments, qu’on surnommait rôtisseurs.
Ces hommes, tranquillement assis devant des feux immenses, préparaient des grillades de chair de cheval, sans se douter qu’ils étaient devant une rivière dont le passage coûterait le lendemain la vie à un grand nombre d’entre eux, tandis qu’en quelques minutes ils pouvaient la franchir sans obstacles dès à présent, et achever les préparatifs de leur souper sur l’autre rive.”
(Volume 3 page 199. Déposé au ministère de l’Intérieur en mai 1891)

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