CASTIGLIONE : si le monde allait toujours en empirant et que les pères fussent en général toujours meilleurs que les enfants, il y a longtemps que nous fussions arrivés au dernier degré du mal



Je lis chez le Comte de Castiglione (Le Livre du Courtisan, 1528, au début du deuxième livre) cet étonnement, déjà, devant le discours sur le monde “qui va de mal en pis” :

“J’ai plusieurs fois considéré, non sans grande merveille, d’où procède une erreur, que l’on peut croire être propre et naturelle aux vieilles gens, parce qu’elle se voit communément en eux : c’est que quasi tous exaltent et louent le temps passé, et blâment le présent, en méprisant nos manières de faire, nos actions, et tout ce qu’ils ne faisaient point en leur jeune âge.

Ils affirment ainsi que toute bonne coutume et manière de vivre, toute vertu, et pour abréger, toutes choses, vont toujours de mal en pis.

Et vraiment ce semble une chose fort éloignée de raison et émerveillable, que l’âge mûr, lequel par longue expérience, a coutume, quant au reste, de juger plus parfaitement des hommes, en ceci corrompt tant son jugement, qu’il ne s’aperçoit pas, que si le monde allait toujours en empirant et que les pères fussent en général toujours meilleurs que les enfants, il y a longtemps que nous fussions arrivés au dernier degré du mal, qui plus n’eut pu empirer…”

Baldassare Castiglione (1478-1529). Le parfait courtisan du comte Baltasar Castillonois. 1585.

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