L’aventure François Bayrou
François Bayrou obtient un score inespéré en début de campagne. Au mois de janvier, l’enjeu pour lui était encore de dépasser 15%. A l’automne, l’idée qu’il pourrait faire un score à deux chiffres et passer devant Le Pen suscitait des ricanements.
Ce soir est une victoire, et pourtant la déception est réelle, due aux bons sondages du mois de mars.
Mars : Bayrou à 24%. Et l’espoir qui est né, d’une victoire de François Bayrou, à portée de main.
Ce bon score du mois de mars aura joué un mauvais tour à François Bayrou, dissuadant parfois de consacrer toutes les forces à consolider la dynamique. Pour certains, c’était désormais gagné d’avance. La campagne qui a suivi a manqué d’imagination et de folie. Elle est devenue routinière. Energique mais routinière. Sans nouvelles idées.
Il y a aussi eu un cafouillage avec cette histoire de débat sur Internet, rendu impossible dès son annonce par François Bayrou le 3 avril, car se fixant sur une configuration impossible à concrétiser : le débat à quatre, refusé par Sarkozy.
Un débat à 9, 10 ou 11 aurait permis à Bayrou de revenir dans l’actualité sous un bon jour.
François Bayrou a peut-être raté sa transformation, depuis mars. Il avait passé un cap. Les médias étaient centrés sur lui, et il est resté, trop resté, le candidat de l’UDF. Il est apparu seul. Il remettait à l’après-victoire la constitution de l’union nationale. Les quelques personnalités qui l’avaient rejoint, comme Corinne Lepage, ont été peu mises en valeur. Durant ses grands meetings, François Bayrou parlait seul, tout seul. Sur Page2007 nous avions publié quelques articles à cette période, fin mars. La dynamique s’essouflait, nous tentions, avec quelques blogueurs comme Thierry Crouzet, d’attirer l’attention sur les problèmes de la campagne, mais Bayrou était parti en roue libre, avec ses certitudes. Il n’est pas sorti de sa solitude. Il n’a pas incarné l’union nationale, suffisamment pour conserver son score de 24%, et passer au second tour sur un projet rassembleur. Il n’a pas trouvé d’arme pour contrer le détournement de la campagne vers les thèmes de l’identité nationale et de la sécurité, notamment après les incidents de la Gare du Nord, qui pour les sarkozystes ont marqué la mort de Bayrou.
Les derniers jours, “candidat du Net”, Bayrou a manqué de réseaux dans les médias à forte audience, ceux qui ont joué dans la dernière ligne
droite en lançant l’appel au “vote utile” pour Ségolène Royal : Le Monde, Libération, Le Nouvel Obs…
Le Net politique reste limité à une audience de quelques centaines de milliers de lecteurs par mois ; moins, beaucoup moins, en l’espace
d’une semaine ou deux. Rien qui soit capable de contrer le message des grands médias en un temps très court.
Peut-être qu’un effort plus important aurait dû être consacré à développer l’audience des médias citoyens, pour ne pas laisser les vieux médias décider du cours de la campagne dans ces derniers jours. Sans copier les mass-médias, ces médias citoyens devront atteindre une audience de plusieurs millions de lecteurs réguliers, pour changer les choses.
François Bayrou termine sur un très bon score, mais ce score aurait laissé une bien meilleure impression, s’il n’était pas en recul sur les sondages de mars.
L’enjeu est maintenant de savoir si Bayrou peut garder la confiance et l’entousiasme de ceux qui ont rejoint son projet d’union nationale, pour construire quelque chose, ou si la dynamique va s’effondrer après cette déception réelle, ce qui laisserait Bayrou seul avec ses fondamentaux : les centristes, l’UDF.
Les négociations politiques avec l’UMP ou le PS permettront d’en savoir plus sur le profil qui sera le sien, centre droit, centre gauche, nouveau parti démocrate… ?
L’objectif de son début de campagne est rempli, au-delà de ses espérances : faire un score à deux chiffres en 2007, pour l’emporter en 2012. C’est une incroyable victoire, mais les 24% étant passés par là, l’impression finale reste celle de la défaite d’un possible.
Il faudra attendre quelques semaines pour savoir si le coup de barre de ce soir est passager, s’il marque la fin d’une aventure, ou si l’aventure rebondit autour de Bayrou avec un nouveau parti modernisé, en vue de 2012.
Axel Karakartal,
Page2007
blogué depuis la République des blogs, Pavillon Baltard.
Technorati Tags: bayrou, présidentielle, premier tour, net-campagne, udf, union nationale























7 Responses to “L’aventure François Bayrou”
By Louis on Apr 22, 2007
Le problème majeur avec Bayrou, c’est justement qu’il est incapable de se positionner sur l’échiquier gauche-droite. Le centre n’existe pas en tant que tel, et il devra à un moment ou à un autre clarifier sa conception du monde et exprimer ses valeurs.
J’ai écrit un texte à ce sujet sur mon blogue si cela vous intéresse.
By laplasse on Apr 22, 2007
mon vieux exprime toi clairement sur tes propos eugénistes. ce serait ma honte de voter pour toi si dans l avenir tu tenais le meme type de discours;
By aiolive on Apr 22, 2007
2012 je m’en fous, on est en 2007 et on va se prendre Sarko pour 5 ans, je suis dégouté.
By Anonymous on Apr 23, 2007
Cet après-midi j’ai été surpris voir sur France 2 les sifflements de notre communauté à montréal lors de l’annonce des votes obtenus par Ségolène Royal à Montréal. Les personnes qui huaient portaient des T-Shirt appuyant Sarkozy. Est-ce une manière démocratique de montrer que l’on appui un candidat ?
By Celine on Apr 23, 2007
François Bayrou a fait un beau score, je suis contente du résultat de ces élections.
Cependant, je serais extrêmement déçue du centrisme Bayrou si il nous donnait des consignes pour le 2ième tour : comme le persiflage de Debouz, je veux bien voter pour l’arbitre, mais pas si il est acheté !
By Hervé Torchet on Apr 23, 2007
Votre analyse me semble pertinente, Axel.
J’ai éprouvé la même impression que vous, et même d’une inflexion de la thématique de campagne. Il y avait, dans la phase ascendante, un effort d’imagination de Bayrou dans ses petits meetings. Il s’adressait à son public. Les grandes masses des meetings à 5 ou 10000 personnes l’ont désincarné. Il parlait au lointain, en quelque sorte au vide. Il devenait prisonnier de son discours, qui, de ce fait, redevenait le discours traditionnel centriste UDF. Pour moi qui suis vieux familier (quoiqu’un peu éloigné désormais) de la chose, je retrouvais alors un ronronnement, plus élégant, mieux tourné, plus brillant, mais un ronronnement.
Il y avait une distance entre la créativité de certains aspects de la campagne de Bayrou et cette locomotive poussive que devenaient les meetings.
Une campagne est un marathon. J’avais dit à l’un de mes amis qui figure parmi les conseillers que Bayrou écoute depuis une douzaine d’années, qu’il fallait préméditer une dynamique de fin de campagne. Mais ils se sont laissés emporter par la navigation au plus près.
S’il faut faire la synthèse du tout :
1/ les Français étaient las de leur ancien personnel politique (Le Pen compris). La participation exceptionnelle connue aujourd’hui correspond à l’ouverture d’une nouvelle enseigne commerciale : il y a de nouveaux produits en vitrine, tout le monde se précipite. Or Bayrou avait anticipé sur une lassitude profonde de l’électorat face à la bipolarisation. Il n’avait pas été jusqu’à envisager que cette lassitude visât surtout le personnel politique bipolaire, dont quelques caciques (Strauss-Kahn ?) sont subitement ringardisés, faute d’avoir su se montrer courageux. Dès lors, si la bipolarisation ne déplaisait pas tant que ça, une partie du discours de Bayrou manquait.
2/ la crédibilité de Bayrou a manqué. Il est sympathique, mais où a-t-il prouvé qu’il pouvait conduire le pays ? Il n’avait rien prévu pour ça.
3/ le score de Bayrou est celui de l’espace central, occupé pour la première fois depuis longtemps par un centriste (Barre en 1988 : 16,5% ; Ballamou en 1995 : 18,6% ; Bayrou+Lepage+Madelin+Boutin+St-Josse en 2002 : 18,2%). On voit au passage que Nihous est “centriste” et d’ailleurs en 2002 on a vu que son électorat était transparent càd équitablement réparti. Par conséquent, cette élection est bonne pour l’espace central : Bayrou+Nihous : 19,7%.
4/ il y avait un mois que les instituts de sondages pronostiquaient Bayrou à 18-19. Dès lors que la vague s’est stabilisée, les choses étaient jouées.
5/ l’enjeu pour Bayrou est de capitaliser aux législatives : il n’est en tête presque nulle part et presque partout n°3. Or pour peser, il faut être en tête, de façon à ne devoir ses députés qu’à soi-même.
6/ merci de la créativité à laquelle vous avez participé dans cette campagne. Le faible que j’ai pour Quitterie a trouvé des satisfactions par la place que (sur un même motif, j’imagine) vous lui avez accordée. c’était un moment sympa. Un nouveau moment commence.
7/ je ne voterai pas Sarko au 2e, mais j’ai du mal à voter Ségo et je suis presque certain qu’elle n’a soit pas envie soit pas espoir de gagner.